Depuis le déclenchement de l'intervention militaire en Iran, le cours de l'or recule. Un paradoxe apparent pour cet actif traditionnellement prisé en temps de crise. Plusieurs mécanismes de marché permettent de comprendre cette séquence contre-intuitive.
Quand les bombes tombent, l'or monte : c'est l'un des réflexes les plus ancrés dans l'imaginaire des investisseurs. Pourtant, depuis le début du conflit en Iran, le métal précieux fait exactement l'inverse. En deux semaines, son cours a sensiblement reculé, prenant à contre-pied ceux qui voyaient en lui le refuge évident face à l'escalade géopolitique. Ce mouvement, s'il peut surprendre au premier abord, s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs bien identifiés par les analystes.
Le premier d'entre eux est le rebond du dollar américain. En période de tensions internationales ou de conflit armé, le billet vert joue souvent lui aussi le rôle de valeur refuge. Or, l'or étant coté en dollars, toute appréciation de la devise américaine rend mécaniquement le métal jaune plus cher pour les détenteurs d'autres monnaies, ce qui freine la demande et pèse sur les cours. Depuis le début des opérations en Iran, le dollar s'est nettement redressé face aux principales devises mondiales.
Deuxième facteur : la remontée des taux d'intérêt américains. Le conflit a provoqué une envolée des cours du pétrole, ravivant les craintes inflationnistes. Les investisseurs anticipent désormais que la Réserve fédérale américaine pourrait repousser ses prochaines baisses de taux directeurs. Résultat, le taux à dix ans américain a bondi de plus de trente points de base depuis le début du mois. Or, quand les obligations offrent des rendements plus attractifs, l'or — qui ne verse ni intérêt ni dividende — perd une partie de son attrait relatif.
Quand les fonds vendent pour se protéger ailleurs
Au-delà de ces grands équilibres macroéconomiques, des dynamiques propres aux marchés financiers entrent également en jeu. L'or s'est considérablement apprécié ces dernières années. Certains fonds d'investissement et fonds spéculatifs, assis sur d'importantes plus-values, peuvent être tentés de vendre une partie de leurs positions pour dégager des liquidités. Comme l'explique Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marché chez IG France, cette marge de manœuvre leur permet de couvrir d'autres expositions, notamment sur les marchés actions, devenus nettement plus volatils depuis le début du conflit.
Ce mécanisme de « prise de bénéfices tactique » est courant dans les phases de stress : on ne vend pas nécessairement ce qui va mal, on vend ce qui a beaucoup monté pour financer la protection de ce qui tangue.
L'effet « sell the news », un classique des marchés
Le dernier ressort de cette correction est peut-être le plus contre-intuitif pour le grand public, mais il est parfaitement connu des opérateurs de marché. Depuis 2022, l'or a été massivement acheté pour se prémunir contre les risques géopolitiques — guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, rivalités sino-américaines. Lorsque le risque tant redouté finit par se matérialiser, il a déjà été largement intégré dans les cours. C'est ce que les professionnels appellent le phénomène de « sell the news » : on achète la rumeur, on vend la nouvelle.
Les investisseurs qui avaient anticipé le choc prennent leurs gains au moment même où l'événement survient.
Faut-il en conclure que l'or a perdu son statut protecteur ? Pas nécessairement. Mais à court terme, comme le souligne Alexandre Baradez, si le conflit se prolonge, le métal précieux pourrait continuer à corriger. Un rappel utile : même les valeurs refuges obéissent d'abord aux lois du marché.
